Les saventuriers, l'école de la recherche

Menu

26 mars 2018 | Veille éducation & sciences

Que peut l'histoire pour l'École ?

Retrouvez ici l’ensemble de nos entretiens avec Patrick Boucheron, destinés aux enseignants et leurs élèves.

Ces capsules s’insèrent non seulement dans les projets Savanturiers de l’Histoire mais peuvent également inspirer et instrumenter les enseignants et formateurs dans leur réflexion sur l’articulation de la recherche et l’enseignement.
L’historien y aborde cinq grands thèmes qui permettent autant de pistes d’exploitation pédagogique dans les classes.

  1. En quoi une question fondatrice est-elle importante dans l’itinéraire d’un chercheur ?
  2. Pourquoi les explications données par les historiens des faits historiques changent à chaque génération ?
  3. Qu’est-ce que les images nous apprennent que n’apportent pas les autres sources ?
  4. Quelles exploitations sont-elles possibles pour les interfaces et les instruments numériques pour la recherche en histoire ?
  5. Que peut l’histoire aujourd’hui ? Que peut-elle encore plus particulièrement dans l’école et pour l’école ?

Présentation de Patrick Boucheron

Patrick Boucheron est historien. Depuis décembre 2015, il est professeur au Collège de France sur la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, xiiie – xvie siècles »
Biographie et bibliographie sur le site du Collège de France
http://www.college-de-france.fr/site/patrick-boucheron/_course.htm

"Pourquoi enseigner sinon pour convaincre les jeunes qu'ils n'arrivent jamais trop tard ?"

Cette interrogation lancée par l’historien Patrick Boucheron lors de sa Leçon inaugurale au Collège de France nous a interpellé, ce fut pour nous une injonction à construire des projets d’éducation par la recherche en histoire et surtout une injonction à penser ce que peut faire l’éducation par la recherche au service de l’Ecole.

Selon le poète Salah Stétié « il y a dans l’univers une immense quantité de non-pensé et de non-songé ». Pour nous c’était là précisément le rôle fondamental de l’école : outiller les élèves pour prendre part à l’aventure humaine collective d’imaginer le non-songé et de réfléchir le non-pensé.

Pour y parvenir, nous construisons avec les enseignants, les élèves et les chercheurs une école qui soit celle des mots de Patrick Boucheron : « une école de l’émancipation, une manière à la fois entraînante et gaie d’emmener les élèves à un endroit qu’ils n’ont pas prévu non seulement d’y aller mais de s’y retrouver. »

ENTRETIEN #1 - Origine de la vocation

Pourquoi devenir historien ? Pourquoi faire de l’histoire ? Patrick Boucheron retrace ses années de formation pendant lesquelles, confronté à différentes questions scientifiques et sociétales, son choix s’arrête sur le Moyen-âge, parce que la voix de son maître Jean-Louis Biget lui donne envie de l’enseigner et donc d’en faire un objet de recherche.

ENTRETIEN #2 - Renouvellement permanent des savoirs historiques

Pourquoi les explications historiques qui valaient pour la génération d’avant ne valent plus pour la génération d’après ? Patrick Boucheron nous invite à réfléchir, à partir de cette question, au statut de l’histoire comme “la science de ce qui n’a lieu qu’une seule fois”. L’historien nous invite à précisément user de l’histoire pour “expliquer aux élèves une leçon d’énergie contre l’arrogance du présent.”

ENTRETIEN #3 - Duby, Le Goff et Boucheron

L’histoire n’est jamais une science achevée. A partir de l’exemple des historiens Georges Duby et Jacques Le Goff, Patrick Boucheron nous montre comment une même époque, à savoir le Moyen-Âge, peut être étudiée à travers de multiples prismes faisant émerger de nouvelles connaissances. Ce questionnement scientifique perpétuel nous pousse loin de la paresse intellectuelle et fait “vriller un peu notre point de vue, pour le détourner des habitudes acquises”.

ENTRETIEN #4 - Construire des récits entraînants

Comment mobiliser enquête scientifique et récit pour faire de l’histoire ? Selon Patrick Boucheron le terme enquête lui-même est d’essence littéraire et scientifique à la fois. Dès lors, la responsabilité de l’historien est de construire des récits historiques entraînants sans faire le choix entre “transmettre un savoir et partager une émotion.”

ENTRETIEN #5 - Pluralité des usages publics de l'histoire

Existe-t-il une unique forme canonique pour transmettre les savoirs historiques ? Patrick Boucheron bouleverse l’opposition traditionnelle entre la transmission et la production des savoirs, non seulement pour redonner à l’histoire savante des historiens sa place dans la Cité mais aussi parce que “faire passer c’est une manière d’inventer”.

ENTRETIEN #6 - Léonard de Vinci a-t-il rencontré Machiavel ?

Qu’est-ce qui distingue le récit d’un historien du récit d’un romancier ? Expérimenter en histoire, c’est user de l’imagination, donc devenir plus précis, plus érudit et plus technique nous dit Patrick Boucheron.
Ainsi, faire se rencontrer, le temps d’un livre, Léonard de Vinci et Machiavel, c’est aussi faire un travail d’historien en utilisant l’imagination comme “une des provinces de l’érudition”.

ENTRETIEN #7 - Faire de l'histoire avec les images

Qu’est-ce que les images nous apprennent que n’apportent pas les autres sources ? Se tenir devant une image, la faire voir, relève d’une pratique pédagogique parce que les images recèlent “quelque chose de profondément démocratique” qui agit sur la dissymétrie entre le sachant et le novice.

ENTRETIEN #8 - Avant d'interpréter, décrivez !

Que nous apprend la méthode artistique ? Selon Patrick Boucheron, toutes les sciences, dont l’histoire, émergent comme des arts de la description. Pour l’historien, il est impératif de “ralentir le travail de l’interprétation” et de prendre tout le temps de l’observation. Sinon, nous serions prisonniers de l’identification du “déjà connu” et aveugles aux ruptures, anomalies, innovations et inconnus qui sont le creuset du travail créatif de tout chercheur.

ENTRETIEN #9 - Administrer la preuve scientifique en histoire

Comment exercer le travail de la preuve lorsqu’on doit faire face aux nouvelles technologies ? Selon l’historien Patrick Boucheron, il n’y a guère lieu d’avoir peur ! Les fondamentaux du travail scientifique de l’histoire étant robustes et très solidement établis. De fait, en histoire, l’administration de la preuve, ses techniques, sa procédure, en somme la méthode, n’a guère changé depuis la fin du XIXe siècle : il nous faut toujours par exemple sourcer un événement ou confronter les témoignages, qu’ils soient issus d’archives numériques ou non.

ENTRETIEN #10 - Que peut encore l'histoire aujourd'hui dans l'école et pour l'école ?

Patrick Boucheron nous rappelle que si les jeunes d’aujourd’hui succombent souvent au complotisme, c’est peut-être parce qu’ils ont compris que “chaque image est une construction” et que c’est un bon début pour faire de l’histoire en classe ! Dès lors il faut les aider à développer leur esprit critique et leur apprendre à distinguer croyances, imagination et savoirs. Cette démarche scientifique historienne n’est pas le propre d’une élite mais elle s’enracine dans une disposition anthropologique universelle “partagée et donc démocratisable” : interpréter les signes. Et c’est plutôt un accès “ gai et joueur” aux sciences !

ENTRETIEN #11 - Homologie entre le travail en classe et celui du chercheur

Selon Patrick Boucheron, enseigner aux élèves les procédures qui produisent le savoir c’est aussi les initier au “contrôle démocratique de notre propre savoir”. De ce fait, il existe une certaine homologie structurale entre le travail en classe et celui des chercheurs puisqu’ils appliquent la même procédure. Les sciences exactes admettent déjà “que c’est autour de l’expérimentation que doit se concentrer la scène pédagogique, comprendre comment se construit une expérience, une hypothèse, une certitude, une connaissance.” L’historien invite à adopter le même modèle pédagogique en sciences humaines, et en histoire en particulier, les formes de l’enquête en histoire étant “assez peu coûteuses du point de vue à la fois économique et des connaissances, tout le monde peut y avoir accès”.

ENTRETIEN #12 - L'histoire doit dire quelque chose de nos vies

L’histoire est-elle une passion triste ? Comment parviendra-t-elle à être une science entraînante alors que les jeunes s’en détournent considérant qu’elle “leur complique la vie” ? Oui, selon Patrick Boucheron s’adresser à nos vies sans tomber dans les complaisances faciles est un art, celui du gai savoir et de la science joueuse parce que, surtout avec les jeunes “ce n’est pas très sérieux de ne jamais jouer.”

Autres actualités

25 septembre 2020 | Formations

Participez à la formation initiale les 10 et 14 octobre !

Vous êtes enseignant·e, cadre éducatif ou curieux·se des nouvelles initiatives pédagogiques ? Retrouvons-nous pour 2 sessions de formation en distanciel !
Lire la suite

23 juillet 2020 | Veille éducation & sciences

Veille scientifique et éducative autour de la pandémie COVID-19 et ses impacts sur l’éducation

Retrouvez notre veille scientifique et éducative réalisée pendant le confinement autour de la pandémie et ses impacts sur l’éducation
Lire la suite

Inscription à la newsletter des savanturiers

Valider
Découvrir toutes nos newsletters