Les saventuriers, l'école de la recherche

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12 février 2019 | En classe, Recherche

Rencontre avec Hélène Moreau

Plongée au coeur de la biologie cellulaire avec Hélène Moreau, récente lauréate de la Bourse L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science, qui revient vers nous sur son parcours, son métier de chercheuse et son rôle de mentor Savanturiers.

Comment en êtes-vous arrivée au métier de biologiste cellulaire ? Quel est votre parcours ?

Pendant mes études de Biologie à l’ENS Paris, j’ai toujours été fascinée par les images des cellules et de leur cytosquelette. Et je trouvais la biologie cellulaire très stimulante intellectuellement. J’ai ensuite fait un master et une thèse en Immunologie, dans le laboratoire de Philippe Bousso, à l’Institut Pasteur. Je me suis orientée vers l’immunologie, car je voulais travailler sur quelque chose de plus « appliqué » que la biologie cellulaire. Mais je suis quand même restée du côté de la recherche très fondamentale, et j’ai étudié le comportement migratoire des lymphocytes T lors de leur activation. C’est pendant ma thèse que j’ai rencontré Ana-Maria Lennon-Dumenil et Matthieu Piel, pour utiliser leur système de microcanaux (des canaux dont le diamètre est à peu près de la taille d’une cellule) pour étudier la migration des lymphocytes T. J’ai ensuite décidé de rejoindre l’équipe d’Ana-Maria à l’Institut Curie pour mon post-doctorat, et de me consacrer à la biologie cellulaire du système immunitaire.

activation de lymphocytes T (en vert) par les cellules dendritiques (en bleu) dans la rate

Dynamique migratoire (trajectoire en couleurs) des lymphocytes T (en vert) en fonction des conditions d’activation dans la rate

Pourquoi avez-vous choisi la voie de la biologie ? Est-ce quelque chose qui vous a toujours plu ou l’avez-vous choisi pendant votre formation universitaire ?

J’ai toujours aimé les sciences. Je pense que le petit « plus » de la biologie, c’était son côté concret. Et fascinant. De nombreux processus biologiques sont absolument incroyables. La migration cellulaire par exemple, mais aussi le développement d’un organisme, animal ou végétal. Je me suis vraiment passionnée pour la biologie au lycée, grâce à mes professeurs de première et de terminale, qui ont même su m’intéresser à la géologie et aux cailloux !

Quel regard portiez-vous alors à cette époque sur l’enseignement des sciences à l’école ?

L’enseignement des sciences était très axé sur les connaissances, transmises par le professeur, mais aussi sur les expériences de travaux pratiques, ce qui permettait de se familiariser avec la démarche scientifique (question, hypothèse, expérimentation, résultats, conclusion… et parfois nouvelle hypothèse !). Ce qui me plaisait beaucoup, c’était le côté « histoire des sciences ». Comment les grands scientifiques des siècles précédents ont compris le monde qui nous entoure avec des expériences toujours extrêmement ingénieuses. Je crois que cela m’a toujours fait un peu rêver.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos travaux de recherche ? Quel est le but de votre recherche ?

L’objectif de mes recherches est de comprendre comment les propriétés physiques d’un tissu peuvent influencer la réponse immunitaire. L’augmentation de la rigidité d’un tissu est un des signes scrutés par les médecins quand il cherche la présence d’une tumeur ou d’une infection. Mieux comprendre comment la rigidité, la porosité ou l’organisation tridimensionnelle peut moduler la réponse immunitaire parait donc crucial.

Cellule dendritique migrant dans un microcanal fermé (cul-de-sac)
Vert: Actine, Rouge: milieu fluorescent (Dextran)
La cellule se déplace vers la droite. Les vésicules à l’avant sont les « macropinosomes », une structure particulière qui permet aux cellules dendritiques d’échantillonner leur environnement à la recherche de pathogènes.

Quelles sont les avancées dans votre domaine de recherche ?

L’impact des propriétés physiques du tissu sur la migration cellulaire a longtemps été négligé, au profit des « chimiokines », les indices chimiques qui guident les cellules immunitaires dans l’organisme. Mais c’est désormais un domaine de recherche en plein essor. Certaines études essaient même d’appliquer les premiers résultats à des essais cliniques : modifier la structure du tissu pour favoriser la guérison.

Vous êtes lauréate de la Bourse L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science. Qu’est-ce que cela représente pour vous ? Qu’est-ce que cela va vous apporter ?

Recevoir la Bourse L’Oréal-UNESCO était un immense honneur. Cela représente la reconnaissance de mon parcours et de mes projets. A la fois mon futur projet de recherche, mais aussi mes différents projets de diffusion des sciences au public. J’espère ainsi pouvoir réaliser des expositions de photos scientifiques, ainsi que des petits films d’animation en pâte à modeler pour expliquer au plus grand nombre nos découvertes au quotidien.

Pourquoi vous êtes-vous lancée dans le dispositif Savanturiers - École de la recherche ?

Quand j’étais petite, j’adorais aller au labo de mon père. Il y quelques années, j’ai encadré un atelier experimental « Les petits Curieux » auprès de jeunes enfants (grande section de maternelle et CM2), et j’ai pu voir dans leurs yeux le même émerveillement que quand j’allais faire des modèles moléculaires dans le labo de mon père. Cela m’a donné envie d’ouvrir les portes de notre labo aux plus jeunes.

Vous parrainez cette année la classe de 2nde biotechnologies de Véronique Jarrousse du lycée La Tour des Dames, à Rozay-en-Brie (77), l'an passé vous accompagniez la classe de CM2 de Stéphanie Breniaux de l'école élémentaire Les Rousses dans le Jura. Quelle(s) différence(s) ?

Finalement, ce n’est pas si différent ! Bien sûr, avec les élèves de seconde, je rentre plus dans les détails, mais je suis surtout là pour répondre aux questions des élèves, et les aider dans leur démarche scientifique, pour qu’ils construisent la bonne expérience : celle qui permettra de répondre à leur question et de tester leur hypothèse.

En quoi consiste votre rôle de mentor ? Comment interagissez-vous avec l’enseignante et les élèves ?

Généralement, je discute des séances en amont avec l’enseignante. Elle prépare ensuite chaque séance avec sa classe, et j’interviens pour répondre à leurs questions, soit par visioconférence avec les Rousses, soit sur place à Rozay-en-Brie. La première séance sert surtout à présenter aux élèves le métier de chercheur, la vie du laboratoire, et mon parcours pour en arriver là. Et ils me présentent leur projet. Ensuite, on réfléchit ensemble à une expérience et à son protocole, ils me montrent leurs résultats la séance suivante, et ainsi de suite… jusqu’à pouvoir répondre à leur questions initiale. Un peu comme ce que l’on fait au labo tous les jours finalement.

Quel impact cette relation a-t-elle sur votre métier de chercheuse ?

Partager la science avec des plus jeunes, c’est ma petite bouffée d’oxygène. Ca nous rappelle pourquoi on fait ce métier, et que même si parfois les expériences ne marchent pas, ce n’est pas très grave, petit à petit on contribue à mieux comprendre le monde qui nous entoure, et c’est ça qui est important.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur l'enseignement des sciences ?

Aujourd’hui, les élèves ont très facilement accès à l’information. Il me parait donc très important de transmettre « l’esprit critique » qui caractérise le raisonnement scientifique, plus que les connaissances brutes. Il faut permettre aux élèves de discerner le vrai du faux dans ce qu’il peuvent lire, savoir où trouver l’information et bien identifier sa source, et appliquer la démarche scientifique pour tirer leurs conclusions.

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